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Créole
et littérature
Les premiers écrits en créole datent du XVIIe siècle. Il
s’agit, en fait de té-
moignages d’esclaves dans des procès. On
trouve également quelques
mots créoles dans l’ouvrage du
père Labat,
Voyage aux Isles (1)
: cabrittes
(page 51), mombin (page 56), caboya (page 83), couis (page 141) ou encore
"toi papa li" (page 150).
Le premier texte entièrement en créole date
de 1757-1759 et s'intitule
"Lisette quitté la plaine". Contrairement à ce qui
a été souvent écrit, il ne
s’agit pas d’un poème mais d’une chanson dont l’auteur,
probablement un
magistrat (Conseiller au Conseil du Port-au-Prince), s’appelle
Duvivier de la
Mahautière, béké de l’île de Saint-Domingue.
Le texte "Lisette quitté la plaine" a eu un grand retentissement et a
été
maintes fois repris, voire modifié.
Ainsi J. Thuriault dans "Etude sur le langage Créole de la Martinique"
(1874)
publie une nouvelle version intitulée "Nizette quitté la plaine".
Le texte originel de
"Lisette quitté la plaine"
est le suivant (2) :
1
Lifette quitté la plaine,
Mon perdi bonher à moué ;
Gié à moin femblé fontaine,
Dipi mon pas miré, toué.
La jour quand mon coupé canne,
Mon fongé zamour à moué;
La nuit quand mon dans cabane,
Dans dromi mon quimbé toué,
2
Si to allé à la ville,
Ta trouvé geine Candio
Qui gagné pour tromper fille
Bouche doux paffé firop,
To va crer yo bin fincère
Pendant quior yo coquin tro ;
C'eft Serpent qui contrefaire
Crié Rat, pour tromper yo.
3
Dipi mon perdi Lifette,
Mon pas fouchié Calinda,
Mon quitté Bram-bram fonnette,
Mon pas batte Bamboula
Quand mon contré laut' négreffe,
Mon pas gagné gié pou li ;
Mon pas fouchié travail pièce :
Tout qui chofe a moin mourri.
4
Mon maigre tant com' gnon fouche,
Jambe à moin tant comme rofeau ;
Mangé na pas doux dans bouche,
Tafia même c'eft comme dyo.
Quand mon fongé toué, Lifette,
Dyo toujour dans jié moin.
Magner moin vini trop bête,
A force chagrin magné moin.
5
Lifet' mon tandé nouvelle
To compté bintôt tourné :
Vini donc toujours fidelle.
Miré bon paffé tandé.
N'a pas tardé davantage,
To fair moin affez chagrin,
Mon tant com' zozo dans cage,
Quand yo fair li mouri faim.
L'auteur fait parler un
esclave qui déclare son amour pour sa bien-aimée.
Sur la forme, on remarque que l’auteur
a utilisé la graphie étymologique
c’est-à-dire une orthographe proche du français.
C’est normal car à cette époque, il était inconcevable d’écrire dans une gra-
phie autonome du français. N’oublions pas que le créole était considéré
comme un dérivé du français, du français corrompu.
(1) Jean-Baptiste
LABAT, Voyage aux Isles, chronique aventureuse des
Caraïbes 1693-1705, Phébus Libretto, réédition de 1993.
(2) M. L. E. MOREAU DE
SAINT-MERY, DESCRIPTION topographique,
physique, civile, politique et
historique de la partie française de l’isle
Saint-Domingue, Tome premier, Philadelphie, 1797, pages
65 et 66.
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